Il y a quelques jours, Procreate (application de dessin et illustration sur iPad) annonçait ne pas introduire de fonctionnalités IA. Pour eux, créer est un acte humain qui ne doit pas être assisté par la machine. Une position que j’entends pour la création artistique.
Mais lorsque l’on parle de créativité, mon avis est autre : il s’agit de trouver des idées pour répondre à une problématique. L’IA peut alors prendre de nombreux rôles très pertinents et intéressants pour aider l’humain : analyse documentaire sur des données vastes, coach créatif qui explique les consignes des techniques et en propose de nouvelles, aide à la synthèse des idées, etc.
Chez iasagora, nous concevons les meilleurs maillages pour apporter de la valeur aux équipes et leur permettre toujours plus de créativité au quotidien.
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Procreate dit non à l'IA : et si c'était une leçon de créativité ?
Il y a quelques jours, Procreate l'application de dessin et d'illustration sur iPad plébiscitée par des millions de créatifs dans le monde a annoncé qu'elle n'introduirait pas de fonctionnalités d'IA générative dans son logiciel. Le communiqué était clair, direct, sans ambiguïté : pour Procreate, créer est un acte humain qui ne doit pas être délégué à une machine.
Cette prise de position a provoqué un séisme dans la communauté créative. Dans un monde où chaque éditeur de logiciel se précipite pour intégrer l'IA, où Adobe, Canva et d'autres ont massivement investi dans les fonctionnalités génératives, le choix de Procreate détonne. Il interpelle. Et chez iasagora, il résonne profondément avec des questions que nous explorons depuis plusieurs années.
Un acte de résistance créative
La décision de Procreate n'est pas un refus technophobe. L'application est elle-même une prouesse technologique son moteur de rendu, sa gestion des calques, sa sensibilité à la pression du stylet sont le fruit de développements techniques sophistiqués. Ce que Procreate refuse, c'est l'idée que l'IA puisse se substituer au geste créatif. Le coup de pinceau, la ligne tremblante, l'hésitation qui se transforme en trouvaille tout cela appartient à l'humain.
Cette conviction fait écho à ce que Guy Aznar et Stéphane Ely appellent la « posture sensible » dans le modèle LDS. La créativité sensible naît du rapport intime entre le créateur et la matière qu'il s'agisse d'un crayon sur du papier, d'un stylet sur une tablette, ou d'un fusain sur une toile. C'est dans ce contact, cette lenteur, cette attention aux sensations que jaillissent les idées les plus authentiques.
Le risque de la facilité
Derrière le choix de Procreate se cache une mise en garde plus large : le risque que l'IA générative, en rendant la production d'images trop facile, ne finisse par appauvrir le processus créatif lui-même.
Quand un illustrateur dessine un personnage, il traverse des dizaines de micro-décisions : la posture, l'expression, la couleur, le trait. Chaque décision est un acte créatif. Quand une IA génère la même image en trois secondes à partir d'un prompt, ces micro-décisions disparaissent. Le résultat peut être visuellement comparable, mais le processus et tout ce qu'il apporte en termes de réflexion, d'apprentissage et de satisfaction est court-circuité.
Chez iasagora, nous observons un phénomène similaire dans nos ateliers d'innovation. Quand l'IA générative est utilisée trop tôt dans le processus créatif avant que les participants aient eu le temps de formuler leurs propres idées elle tend à formater la réflexion. Les participants se retrouvent à évaluer les propositions de l'IA au lieu de générer les leurs. La machine devient le créateur, l'humain devient le juge.
Notre position : l'IA comme augmentation, pas comme substitution
Cela ne signifie pas que nous partageons intégralement la position de Procreate. Chez iasagora, nous utilisons activement l'IA générative dans nos processus mais dans un cadre précis et avec une intention claire.
Nous avons développé des GPTs créatifs personnalisés qui adoptent des profils FourSight spécifiques pour compléter les préférences naturelles des participants. Un clarificateur IA pose les bonnes questions quand l'équipe manque de profils analytiques. Un idéateur IA propose des associations d'idées quand la divergence s'essouffle. Mais ces outils interviennent en support, jamais en remplacement. L'idée vient de l'humain. L'IA l'amplifie.
De même, nos expériences avec les univers immersifs en 3D temps réel et les personae augmentés montrent que la technologie est au service de l'émotion et de la créativité humaine. Le participant qui dialogue avec un avatar IA dans un univers immersif n'est pas passif il est engagé, curieux, en état de lâcher-prise créatif. La technologie crée les conditions de la créativité, mais c'est l'humain qui crée.
La question du « AI Slop »
La mise en garde de Procreate rejoint une préoccupation croissante dans le monde créatif : le phénomène du « AI Slop ». Ce terme désigne le déluge de contenus de faible qualité produits par l'IA sans effort ni intention l'équivalent numérique de la junk food. Le phénomène Italian Brainrot, ces vidéos absurdes générées par l'IA qui envahissent les réseaux sociaux, en est une illustration caricaturale.
Comme le souligne Stéphane Ely sur le blog iasagora, ce phénomène caricature ce que nous appelons une posture créative dynamique « dans la quantité naît la qualité » mais vidée de tout ce qui donne à la créativité sa valeur : l'intention, la profondeur, le sens. La divergence massive sans convergence intentionnelle ne produit que du bruit.
Trouver le bon équilibre
Procreate nous rappelle que la technologie n'est pas une fin en soi. L'IA générative est un outil extraordinairement puissant, mais comme tout outil, elle doit être utilisée avec discernement. Le marteau ne remplace pas le sculpteur.
Chez iasagora, notre conviction est que le bon équilibre se situe dans l'augmentation : utiliser l'IA pour amplifier la capacité créative humaine, pas pour s'y substituer. Cela signifie intégrer l'IA après que les humains ont fait leur part du travail après la divergence, après l'immersion empathique, après le lâcher-prise sensible. L'IA enrichit alors le matériau humain au lieu de le remplacer.
Face à la puissance des IA, il faut trouver notre meilleur équilibre créatif, faire en sorte que notre production reste une source d'énergie, de plaisir et de fierté. Procreate a choisi de tracer une ligne nette. Chez iasagora, nous préférons danser sur cette ligne avec sensibilité, avec méthode, et avec la conviction que l'humain reste au centre.




